Ceci est un article que j'ai écris l'année dernière, paru dans un Fanzine, à l'occasion de Japan Expo 2006, dont je ne me souviens même plus le nom. :)
Il a également été publié sur le site Manga World où, suite au hackage de notre ancien site Magical Wallpaper, j'ai transféré l'ensemble de mes articles.
Il ne s'agit pas d'une "article" proprement dit, mais plutôt d'une rédaction, un texte, tentant de mettre face à face, un manga très connu traitant du Japon traditionnel d'il y a 100 ans, et de la réalité. Rurouni Kenshin en était le parfait exemple.
(Il prouve que j'ai besoin de reprendre des cours de français lol!)
Rurouni Kenshin est devenu depuis 1994, année de parution du premier volume au Japon, un manga culte. Tous les fans de manga ont au moins entendu parler une fois de cette série. Les 28 volumes racontent l’histoire d’un assassin légendaire, surnommé
« Hitokiri Battosai » (ou Battosai l’assassin) durant la période du Bakufu au service des Patriotes, devenu un vagabond pendant environ 10 ans pour expier ses crimes issus des combats contre les forces militaires du shogunat. Les faits se déroulent à la fin du XIXème siècle,
Himura Kenshin dit « le vagabond » passe dans une ville où il rencontre Kaoru, fille du maître du
Dôjo Kamiya. Le héros s’installe alors chez elle et fait plusieurs rancontres comme
Yahiko Myojin, qui deviendra le disciple de
Kamiya Kaoru;
Sagara Sanosuke, un ancien soldat d’un fausse armée gouvernementale qui sera le meilleur ami de Kenshin et Saito Hajime, un ancien lieutenant d’une des divisions du Shinsengumi, anciens et principaux ennemis des Patriotes et donc de Kenshin. Ce manga est le mélange idéal d’une base historique sérieuse du Japon à la fin des années 1800 mélangée à des évènements plus ou moins vrais et beaucoup d’humour.
Quelles sont les vérités et les remaniements historiques impératifs à la base de la construction de ce manga, qui ont entraînés un tel succès au Japon comme dans le monde ?
Nous distinguerons tout d’abord les principaux faits réels que
Watsuki Nobuhiro, le magaka auteur de
Rurouni Kenshin, a utilisé comme base du manga, puis nous verrons en quoi il est trompeur de voir que tous les évènements de cette série sont vrais…
Tout d’abord, le nom du héros est issu d’un réel assassin ayant existé dans le Japon médiéval. Il était extrêmement rusé et fort malgré le fait de sa petite taille. Watsuki note d’ailleurs dans un des volumes une phrase historique et tout à fait ironique que ce héros aurait fait lors d’un dîner avec un de ces ennemis : « je suis du genre à donner du sel à mon ennemi » . Le mangaka donne d’ailleurs toutes les indications historiques de ce personnage dans les entre-pages servant à décrire les personnages.
Le Bakufu ensuite est un période qui a réellement existée et qui marque la fin de l’ère de l’imposition des samurais. Elle se situe vers 1860, après l’arrivée des navires noirs de Harris jusqu’en 1869 et oppose les Patriotes, dirigés par Kogoro Katsura allié à Sakamoto Ryoma et d’autres personnalités, aux forces armées du Shogunat, représentées par le Shinsengumi. Ce groupe, célèbre par leurs vêtements bleus turquoises aux triangles blancs sur le bout des manches (selon les sources, leurs vêtements auraient pus être jaunes), est créé en 1863 et se nomme à la base « Roshigumi » avant de s’appeler Shinsengumi a peu près à la même période de la mort de Serizawa, un des deux chefs du groupe. Ce dernier est alors remplacé par Toshizo Hijikata qui mène avec Isami Kondo le Shinsengumi à se battre pour la protection du Shogun. Hajime Saito, un des personnages de Rurouni Kenshin en faisait parti. Il s’agit d’une personne (dans la réalité comme dans le manga) assez calme et froid. Il est le dernier a avoir survécu avec Shinpachi Nagakura à la fin des troubles du Bakumatsu. Watsuki Nobuhiro aurait pu choisir Shinpachi (au caractère assez sage selon les sources) mais il a opté pour Saito, le personnage le plus mystérieux du groupe. Pour information, ces deux acteurs de la fin du Shogunat sont tous deux morts vers 1914-1915, tous les autres membres du Shinsengumi étant morts avant 1869.
Un autre personnage, Aoshi Shinomori, issu du groupe Onibawan Shuu rejoint Kenshin au 4ème Tome. Ce groupe constitués de ninjas aurait réellement existé à cette époque guerrière, mais peu d’informations ont subsistées.
Il n’y a pas que les personnages qui sont réels, si l’on voit toutes les armes utilisées, les moyens de transport, ou bien les vêtements des gens tout le long du manga, on remarque que tout est fait pour paraître le plus réel possible : la mitrailleuse Gatling, les navires de guerre, les pistolets à crosse américaine, la police aux sabres occidentaux sont bien issus de la fin du XIXème siècle et sont apparus au Japon par l’importation.
Ces bases réelles du manga amènent finalement le public à se distraire tout en apprenant des faits historiques. Il s’agissait peut être d’un des buts de Nobuhiro Watsuki lors de l’élaboration de cette série. Quels sont les évènements mélangés qui n’ont aucun rapport avec la réalité ?
Bien que le Kendo soit un art martial extrêmement sérieux qui est d’ailleurs toujours pratiqué de nos jours et pas seulement au Japon, les techniques issues de l’école
Hiten Mitsurugi que pratiquent Kenshin dans ses combats pour la liberté sont quelque peu irréalistes. Nous ne dirons pas que cette école n’aie pas existée ce qui serait faux, nous parlerons ici des techniques semie-divine que Kenshin utilise; tout comme les autres techniques pratiquées par les autres personnages du manga. Seule la technique des « crocs du loup » de Saito Hajime aurait été effectivement utilisée par les membres du Shinsengumi. Mais dans l’élaboration d’un manga qui fonctionne, les combats doivent être exceptionnels et doivent durer…Ni trop long, comme dans d’autres mangas dont le même thème est le samurai et le sabre, ni trop court. Kenshin adopte une technique qui prône le bon maintien du temps, un suspens qui dure tout le long du combat. Si l’on reprend l’épisode de Makoto Shishio, ce dernier ne peut pas se battre plus de 10 minutes. Mais ce combat est décrit sur 2 mangas et dure (selon le temps du récit) bien plus de dix minutes…Bref, dans la réalité qui nous entoure, tout être normalement constitué qui se prend des coups de sabre à tout bout de champs et court aussi longtemps ne peut pas se relever indéfiniment comme le fait notre héros préféré…
Himura Kenshin en lui-même est un héros de récit, mais il n’a jamais existé. Tout comme Makoto Shishio et les autres personnages du manga. Il est donc difficile de différencier la réalité et la fiction dans ce manga au niveau des personnages : on sait que Saito a existé mais Watsuki a intelligemment utilisé des noms de personnages historiques ainsi que des personnalités réelles pour en faire des héros de manga. Prenons par exemple Sagara Sanosuke ou Seta, un des hommes de Shishio : Sagara est le nom d’un capitaine ayant dirigé une fausse armée gouvernementale. Souzo Sagara est un personnage historique dont il ne reste que très peu d’informations. Watsuki a intégré Sanosuke, un personnage fictif dans le groupe, seul survivant, qui a pris le nom de son capitaine. De plus Sanosuke est le prénom d’un membre du Shinsengumi, Harada Sanosuke, d’un caractère fort et impulsif qui, selon les rumeurs, ne pensait qu’à manger. Watsuki a donc repris le caractère et le prénom de ce capitaine du Shinsengumi, ainsi que le nom d’un autre capitaine, pour en faire Sanosuke Sagara, le meilleur ami de Kenshin.
Si on voit Seita Soujiro, le meilleur guerrier de Makoto Shishio, il faut revenir une nouvelle fois dans le Shinsengumi pour prendre les traits du visages et le caractère calme et doux de Souji Okita, un autre lieutenant du Shinsengumi au même grade que Saito, considéré comme étant le plus fort membre du groupe. Seita est une « copie » d’Okita. La plupart des personnages de Watsuki dans Rurouni Kenshin sont donc, en général, des mélanges de fiction et de réalité.
Pour conclure, il est extrêmement difficile de ne pas apprécier Kenshin le vagabond. Il s’agit d’un manga construit où l’on apprend beaucoup de choses. Il s’agit d’un sorte d’introduction à ceux qui veulent en apprendre plus sur l’époque du Bakufu. Il ne faut pas en rester au manga, il faut voir plus loin. Je pense que Rurouni Kenshin a contribué à l’élaboration de mangas, films, séries et jeux sur le même thème. En effet, on remarque que depuis quelques années, le Shisengumi est à la mode au Japon, est-ce grâce à ce manga ? Ceci est un autre débat. Quoi qu’il en soit, la série de 28 volumes de ce manga est paru dans presque toutes les langues dans presque tous les pays. 95 épisodes animées sont sortis, 6 OAVs, et 1 film, sans compter tous les jeux « Rurouni Kenshin » sur différentes platformes. Ce mélange de réalité et fiction historique a été retenté par d’autres mangakas dans des mangas de sabres sans aboutir à ce même succès. Est-ce parce que Kenshin est mieux dessiné ? Est-ce que c’est parce que Kenshin était le premier ? Le scénario était meilleur ? Plus drôle ? Beaucoup de question entrent en compte dont nous n’avons pas les réponses.
Rurouni Kenshin, c’est LE premier manga qui fait aussi bien état des faits de l’époque, et c’est peut être le seul qui permet de rire tout en apprenant…